Influence du pétrole sur les idéologies

PRELUDE de Mr Pierre-Jean LUIZARD

Directeur de recherches au CNRS

Titulaire d'une Maîtrise de Langue Arabe

et d'un Doctorat d'Histoire de l'Islam Contemporain

extrait de son livre LE PIEGE DAECH    - Editions LA DECOUVERTE

(publié avec l'autorisation de l'auteur)

 

A bien des égards, l'Etat islamique est parvenu à ses fins en impliquant l'Occident dans sa guerre. Si les initiateurs occidentaux de la coalition anti-Daech ont identifié un danger prioritaire non seulement pour les Etats de la région mais aussi pour les démocraties occidentales, ils n'assument pas leur entrée en guerre jusqu'au bout en n'envoyant pas de troupes au sol . Pire, ils s'en remettent sur le terrain à des partenaires qui sont corresponsables de l'effondrement de l'ordre étatique au Moyen-Orient: l'armée irakienne et les Kurdes aujourd'hui et demain, peut-être Bachard al-Assad. Surtout,  la coalition anti-Daech n'a strictement aucune perspective politique à offrir aux populations qui se sont ralliées à l'Etat islamique, ou bien qui se sont résignées à sa domination comme un moindre mal par rapport aux régimes oppressifs sous lesquels elles ont souffert en Irak et en Syrie.

La réforme du système politique irakien est aujourd'hui impossible. On ne refera pas le coup des "conseils de réveil" aux Arabes sunnites d'Irak et la "solution" d'un fédéralisme poussé à son extrême avec une garde "nationale" sunnite est un leurre. Lorsque Laurent Fabius, par exemple, parle d'aider le gouvernement de Bagdad à rétablir sa souveraineté, se rend-il compte que c'est certainement aujourd'hui la dernière chose que souhaitent les habitants de Mossoul, de Tikrit et de Falloujhah? Et que pourrait signifier la défaite militaire de l'Etat islamique en Syrie si on se montre incapable de régler la question du régime Bachar al-Assad et au-dela, la question de la fragmentation de la Syrie? Les diplomaties occidentales ne semble pas prendre la mesure du caractère irréversible de ce qui arrive aujourd'hui aux Etats du Moyen-Orient.

2014 pourrait bien être l'année où tout a basculé. Sur le territoire de l'Etat irakien, trois entités à prétentions étatiques se font désormais face. Chacun a son territoire, son armée, son drapeau (et même sa monnaie pour l'Etat islamique), ses institutions. Le gouvernement de Bagdad ne représente plus que des élites parlant au nom de la communauté chiite majoritaire. Le Kurdistan a tous les attributs de la souveraineté à laquelle ne manque plus qu'une reconnaissance régionale et internationale. L'Etat islamique a prospéré sur le conflit confessionnel croissant entre sunnites et chiites à l'échelle régionale. Ce conflit est né de l'incapacité des Etats en place à accueillir sur une base citoyenne le mouvement d'émancipation politique et sociale des communautés chiites du monde arabe. L'Etat islamique, dont la base est arabe sunnite, a déclaré la guerre à tous dans un coup de poker magistral dont l'issue demeure inconnue.

Le gouvernement de Bagdad tente de maintenir la fiction d'une représentation "nationale". Mais la présence au gouvernement des Kurdes, qui jouent leur propre partition, et de quelques politiciens sunnites honnis par leur propre communauté ne doit pas faire illusion. Le 17 octobre 2014, le gouvernement irakien a approuvé les dernières nominations au sein du gouvernement de Haydar al-Abbadi.  Un sunnite de Mossoul, Khaled al-Ubaydi est devenu ministre de la Défense. Un chiite, Muhammad al-Ghabban, a été promu ministre de l'Intérieur. Khaled al-Ubaydi est proche du nouveau vice-président (sunnite) Ussama al-Nujayfi '(ex-président du parlementirakien) et de son frère, Atheel al Nujayfi,  gouverneur de la province de Ninive, qui avait couvert de son autorité les abus (le mot est faible) à l'encontre des Mossouliotes, avant de fuir face à l'avancée de l'Etat islamique.

Muhammad al Ghabban appartient à la puissante milice chiite, le Corps Bardr, entraîné et armé par les pasdaran iraniens. En tant que ministre de l'Intérieur, c'est lui qui a la haute main sur les services de renseignement, ce qui lui donne une autorité également sur les forces armées.

Les dirigeants irakiens étaient sommés par les Américains et les Européens de former un gouvernement "inclusif"... les voilà servis!

Bagdad est désormais défendue par plusieurs milices chiites dont chacune s'est vu attribuer un secteur: le Corps Badr, Asâ'ib Ahl al-Haqq (la ligue des Vertueux, une émanation de l'armée du Mahdi de Muqtada al-Sadr), Jay as-Salâm (l'Armée de la Paix, représentant le courant sadriste) et d'autres... Ces milices répondent aussi à l'appel au djihad contre les "takfiri" (les excommunicateurs, nom donné au djihadistes par leur adversaires musulmans) lancé en juin 2014 par les plus hautes autorités religieusesz chiites, l'ayatollah Sistani en tête. On se souvient que Nouri al-Maliki, le prédécessur d'Al-Abbadi, avait présenté ces milices comme le noyau de la future armée irakienne.. Ce qui n'empêche pas l'Etat islamique de continuer à semer la terreur à Bagdad par des attentas quotidiens visant les chiites. Il est difficile, dans ces conditions, d'affirmer que l'Etat irakien exite encore.

D'autant plus que la confrontation est devenue régionale; le Hezbollah combat l'opposition au régime de Bachar al-Assad en Syrie même, les milices chiites irakiennes font de même, les peshmergas kurdes irakiens passent par la Turquie pour combattre l'Etat islamique à Kobané en Syrie, le PKK de Turquie participe à l'offensive lancée fin décembre 2014 contre l'Etat islamique dans le Jabal Sinjar en Irak...

Il est évidemment difficile de prédire l'avenir de l'Etat islamique, aujourd'hui pris en tenaille entre les forces hostiles de tous côtés. Mais sa défaite militaire ne réglerait rien si les causes de succés initial ne sont pas prises en  compte. Les anciennes puissances mandataires ont beaucoup de mal à assumer leur passé colonial. Beaucoup des idéaux proclamés de la colonisation et plus particulièrement des mandats, inspirés des Lumières, se sont trouvés en contradiction avec la réalité d'une domination impériale. Il suffit de se souvenir de Jules Ferry, le père de notre école laïque, défendant bec et ongles la colonisation de la Tunisie... La "mission civilisatrice" de l'Europe a servi de couverture à des appétits coloniaux sans limite. Ce refus d'assumer le passé explique la difficulté à prévoir un futur pour le Moyen-Orient.

Une longue période historique s'achève: on ne reviendra pas au Moyen-Orient que nous avons connu depuis près d'un siècle. Une guerre lancée sans perpsectives politiques n'est-elle pas perdue d'avance?
C'est le piège que l'Etat islamique tend aux démocraties occidentales pour lesquelles il représente certainement un danger mortel.

Les leçons de l'Histoire doivent aussi servir à le combattre.

28 Décembre 2014

PJ.LUIZARD

Extrait de l'article de Keyvan PIRAM

du 19 mars 2010

 

L'exportation du pétrole génère, pour les pays en développement qui en produisent, des revenus importants qui ne sont pas équitablement répartis. Le peuple qui n'en bénéficie pas a tendance à rejeter la responsabilité sur ses dirigeants, perçus comme étant corronpus, au vu de leurs richesses personnelles, et faibles, lorsqu'ils laissent les puissance étrangères s'accaparer des ressources naturelles du pays. La mauvaise gouvernance engendre ainsi un sentiment d'injustice, portant en lui les germes d'une situation prérévolutionnaire. Deux types d'idéologies se développent alors : d'une part, des idéologies de contestation, par lesquelles le peuple exprime son mécontentement; d'autre part, des idéologies de légitimation, instrumentalisées par les dirigeants pour canaliser la contestation ou justifier le statu quo. Sans être directement à l'origine de ces idélogies, le partage inéquitable de la rente pétrolière favorise leur émergence, en mettant en lumière la mauvaise gouvernance de l'Etat par ses dirigeants.

L'histoire contemporaine du Moyen-Orient et du Maghreb fut ainsi marquée par trois idéologies : l'islamisme, le nationalisme et le socialisme. Chacune servit, à un moment ou à un autre, soit à la contestation, soit à la légitimation du pouvoir.

(...............................)

Mais l'or noir n'est bien sûr pas la source de ces idéologies, engendrées par la seule perception d'une injustice. Nombreux sont les pays qui n'exportent pas le moindre baril de pétrole et où prospèrent les thèses islamistes, nationalistes ou socialistes. La pensée de Karl Marx et la piété des Frères Musulmans égyptiens n'ont absolument rien à voir avec le pétrole. Le nationalisme est une réponse à l'impérialisme, et non aux forages des compagnies pétrolières occidentales. A l'inverse, nombreux sont les  pays exportateurs de pétrole où aucune de ces trois idéologies n'a émergé. Cependant, dans bien des cas, la rente pétrolière agit comme un révélateur car, financièrement importante et connue du peuple, elle contribue à la prise de conscience d'une injustice.

Autrement dit, le peuple étant au fait de l'existence d'un fabuleux gâteau, s'étonne de l'iniquité du partage et réclame sa part.

(http://www.afri-ct.org/L-influence-du-pétrole-sur-les-idéologies)

 

HISTORIQUE ET GEOPOLITIQUE DU PETROLE

Historique et géopolitique du pétrole dans le golfe arabo-persique

Philippe CONRAD

Historien rédacteur en chef de la Nouvelle Revue d'Histoire

(extrait)"On entendit un bruit sourd provenant des entrailles de la terre; il faisait penser à celui d'un train sur le point de sortir d'un tunnel. Presque imperceptible imperceptible au début , ce bruit s'amplifia jusqu'à se tranformer en un grondement terriffiant pendant qu'un mélange de boue et de pétrole commençait à affleurer puis à jaillir à la base du derrick"

C'est en ces termes que les archives de l'Irak Petroleum Compagny rapportent l'arrivée au jour du pétrole de Baba Gurgur, le site voisin de Kirkouk d'où le Texan Henry Winger a fait jaillir l'or noir le 15 octobre 1927.

Nous avons demandé à l'historien Philippe Conrad de nous expliquer comment le potentiel pétrolier de cette zone privilégiée par les hasards de la géologie a retenu très tôt l'attention des pionniers de la prospection et des premiers grands magnats anglo-saxons, soucieux de diversifier leurs sources d'approvisionnement et décidés à maîtriser complètement la production, la transformation et la commercialisation d'une source d'énergie appelée à remplacer rapidement le "roi charbon". Quand aux puissances qui contrôlent les grandes firmes pétrolières, elles ont rapidement tenu entre leurs mains l'équilibre des forces sur la planète.

(vous pourrez lire l'article complet de Philippe Conrad dans DJIHAD-ETAT ISLAMIQUE 2014 - FAUTEURS DE GUERRES°

Avenir sans pétrole (extrait)

Il reste 1000 ans de pétrole par Benoit Thévard le 3/12/2014

... et bien plus encore ! Mais l'essentiel de ce pétrole restera dans le sol. Le reste sera très cher, ou très polluant, ou très long à extraire, ou verra son extraction consommer plus d'énergie qu'il n'en contient. Bref, ce pétrole deviendra inaccessible pour 90% à 99% des habitants de cette planète.

Le titre aguicheur de cet article pourrait être l'annonce d'un journal de 20h sur une grande chaine nationale, en revanche, il n'y a aucune chance pour qu'il soit accompagné de sérieuses explications qui permettraient au spectateur de comprendre ce que celà veut dire concrètement.

Depuis le début de la baisse des cours du baril, chaque grand média y va de son couplet sur la fin des pénuries, l'abondance annoncée, l'autoronomie énergétique des Etats-Unis, la baisse durable des prix, le soulagement des acteurs économiques (on sera bien vigilant à ne pas parler des impacts négatifs, sur le climat et la pollution des grandes villes, il ne faudrait pas troubler la fête)

Bref, la baisse du prix du baril de pétrole est perçue comme une lueur au coeur du marasme alors qu'il n'en est rien. Le manque de discernement des analystes est au contraire un facteur aggravant, comme un shoot qui fait oublier aux pétrolomanes que nous sommes, le temps d'un instant, qu'ils ne sont pas sortis d'affaires.

(...............................................)

Il restera toujours du pétrole dans le sol, que nous serons incapables d'aller chercher à un coût énergétique et financier supportable. Donc dire qu'il reste 100 ans, 500 ans ou 1000 ans de pétrole ne dit absoluments rien sur l'avenir de nos sociétés.

Nous ne sommes pas entrés dans une ère d'abondance pétrolière. La disponibilité en pétrole par habitants est d'ailleurs en baisse dans le monde depuis les années 1980.

La baisse du prix du baril est normale en période de recession, elle n'a rien de durable et ne veut rien dire sur le moyen et long terme.

La responsabilité des journalistes (et des supposés experts qui interviennent à leur demande) c'est au minimum de ne pas dire n'importe quoi et au mieux de ne rien dire s'ils n'ont pas travaillé le sujet plus que ça. Il y a des dizaines d'experts qui ont mis à jour leur logiciel d'analyse du monde, leur donner la parole changerait probablement pas mal de choses sur la politique et la vision que pourraient avoir les citoyens de leur avenir.

(overblog:avenir-sans-pétrole) 

Situation stratégique de Daech en Novembre 2015 Au même moment les djihadistes augmentent leur présence en Lybie et intensifient leur action terroriste en Lybie.

PETROLE ARME FATALE - Charles PRADER

La première guerre mondiale a mis en lumière l'importance du pétrole dans la vie moderne.

La deuxième a démontré qu'il était devenu le sang même de la guerre, sans l'essence pas d'avions, pas de chars de combat, pas de divisions motorisées. Sans gazoïle et sans mazout pas de sous-marins ni de navires de guerre.

La paix revenue, le pétrole envahi tous les domaines d'activité. Il a  détrôné le charbon comme source principale d'énergie.

A mesure que les méthodes de distillation et le cracking se sont perfectionnées, le pétrole n'a pas cessé de livrer de nouveaux produits pour des utilisations diverses.

Suivirent des explosifs, du caoutchouc, des savons, des crèmes, des insecticides et toute la gamme des plastiques depuis le nylon.

Mais le pétrole réagit aussi directement sur la vie des hommes en ce qu'étant à l'origine de la puissance, il est passé au premier plan de la préocupation des états.

Posséder du pétrole c'est pour un pays, avancer sur la voie du progrès matériel, c'est s'assurer la force et la richesse.

Ne pas en avoir, c'est s'effacer ou s'asservir.

Le pétrole, plus qu'aucun autre minéral, a déjà suscité des  compétitions acharnées, avouées  ou sournoises, toujours implacables et souvent immorales, parce que dans le jeu des nations, luttant pour l'indépendance et la puissance, les dés sont le plus souvent pipés. L'ère du charbon est révolu, l'ère de l'atome se construit les temps appartiennent au pétrole, le pétrole est roi.  A la veille de nouveaux et immenses développements elle n'est que plus intéressante à définir.

Le pétrole a été et est encore la raison d'une multitude de conflits au nom d'idéologies politiques ou religieuses qui n'ont jamais cessées, et ne se termineront qu'avec l'épuisement des gisements pétroliers qui laisseront sans essources les populations de pays désertiques entraînant inexorablement une accélération de l'immigration qui, elle aussi, provoque bien des problèmes.

Le retard apporté au développement des énergies renouvelables n'a pas été fortuit, demander aux financiers qui amassent des fortunes colossales avec le pétrole de faire naître des énergies de remplacement n'avaient que peu de chances de susciter l'intérêt.

On ne fait pas la guerre avec des éoliennes.

L'argent roi des paradis fiscaux et des groupes financiers internationaux qui commence à s'emparer des ressources minières et pétrolières dans les pays en voie de développement a déjà commencé à provoquer des conflits en Afrique.

Les matières premières telles que l'uranium, les terres rares et les matières stratégiques nécessaires aux industries modernes sont l'objet d'une fiévreuse compétition entre les majors et les juniors des groupes financiers.
Depuis le charbon et l'acier toutes les guerres ont été faites pour ou avec le pétrole.

Il n'y a vraiment plus de chances raisonnables de changer l'ordre des choses si l'argument principal de l'un des protagonistes est le même que celui de la prise de Jérusalem en 638...Djihad Islamiste.

La liste des conflit passés de 1914 à nos jours est révélatrice..

 

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Commentaires

05.04 | 19:51

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05.04 | 19:48

Merci !!!

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05.04 | 19:34

Très intéressant !

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05.04 | 11:59

Ça a vraiment l'air passionnant et comme déjà dit plus tôt j'ai hâte de lire ton livre.Je te souhaite tout un tas de succès et plein de happiness!

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